Par Sandra Pinel, infirmière, patiente-experte en addiction et photographe

L’alcool, ce breuvage chanté, loué, provoquant de longues envolées lyriques enivrées, est tellement banalisé en France que c’est celui qui n’en consomme pas qui est « anormal », « pas drôle » ou pire si c’est une femme c’est qu’elle est forcément enceinte ! Il est de toutes les fêtes, de toutes les occasions, personne n’oserait préparer un événement sans qu’il ne soit invité à la fête, c’est vrai qu’il met l’ambiance…

Quand je consommais excessivement, je n’avais jamais assez de mots pour chanter des louanges sur la « bonne » bière que j’avais choisi de partager ce jour-là avec des amis, ou le « bon » vin pour agrémenter un repas. En réalité, je n’en sentais même plus le goût et finalement on mangeait très peu, l’important c’était l’ivresse.

Toutes les excuses étaient bonnes pour en user, en abuser : le 1er de l’an, la galette des rois, l’anniversaire de mon frère, le jour férié, la fin de la semaine, le début du week end, une mauvaise nouvelle, une bonne nouvelle… Je fêtais mes anniversaires plusieurs fois, histoire de multiplier les occasions de consommer des boissons alcoolisées.

Emporté par le tourbillon de toutes ces occasions on en oublie le plaisir, cela devient un besoin.

C’est là qu’est entrée dans la danse la tolérance, pour ressentir les effets du début – la désinhibition, se donner du courage, passer un bon moment entre amis, se donner de l’entrain, draguer, s’apaiser – il faut augmenter les doses. Insidieusement, petit à petit, la perte de contrôle arrive et avec elle la perte de la liberté de s’abstenir.

Pas besoin de boire tous les jours, ni dès le matin pour perdre sa liberté, pour que l’alcool soit un problème. Une personne peut très bien boire seulement deux ou trois fois par semaines, mais ces deux ou trois fois-là prennent toute la place.

Sans employer les gros mots « alcoolique » ou « addiction », c’est bien une question d’avoir perdu sa liberté face au produit, c’est lui qui commande même si je me donnais l’illusion de « gérer ».

En ça, tenter le défi de janvier ou Dry January est un bon test : cela permet de questionner son rapport à l’alcool, mettre en place d’autres habitudes. En a-t-on vraiment besoin à la moindre occasion ? Est-il possible de passer de bons moments sans en consommer ? Et les mauvais moments ? Y a-t-il d’autres manières de les surmonter ?

Reprendre le contrôle sur sa consommation, c’est mettre des mots sur ses maux. Redevenir acteur de sa vie et ne plus laisser l’alcool dominer, c’est ne plus se taire. Tomber le masque, se regarder soi-même, s’accepter avec ses imperfections, affronter la vie sans filtre, ça demande aussi parfois de savoir se laisser aider, d’accepter que rien n’est parfait dans la vie et que l’alcool ne résout pas les problèmes plus profonds. Tout un chemin à faire pour aller vers soi.

Redevenir le pilote de ma vie, faire de moi ma priorité, prendre soin de moi, ça été faire un choix et je ne le regrette pas.

« Choisir, c’est être libre » Claudy Mailly, syndicaliste français.

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