Avec la même écriture incisive et caustique qu’il déploie dans son blog, Jackson Biko, écrivain kenyan raconte la lente descente aux enfers de Larry, un type sans histoires, plutôt brillant, bourreau des coeurs, employé dans une des plus grosses agences de publicité de Nairobi.

Le livre s’ouvre sur un passage en revue acide de ses ex-copines, les dérangées, les trop sages, les beautés fatales et le lecteur comprend rapidement que Larry a tendance à partir en courant dès que la relation devient un peu sérieuse. Il adopte la même attitude au boulot : quand son chef lui propose une promotion, il perd immédiatement tout intérêt dans ce qu’il fait. Il déteste son père qui ne s’est jamais occupé de lui. Après le boulot et le week-end, il tue le temps dans les bars. Biko décrit avec humour ce maquis de quartier dans lequel Larry habite presque à Dagoretti (un quartier de Nairobi) appelé Kafunda, où il n’y a plus de serveurs depuis longtemps et les clients vont chercher eux-mêmes leurs boissons. Un lien étrange fondé sur l’ivresse et une masculinité difficile à porter naît entre Larry et Nduko, le petit maigre, Jimmy, le comptable, Paul qui a une imprimerie en ville, John le banquier et Anto qui travaille à la municipalité.

« C’est comme une famille ce bar, les hommes viennent se nourrir de l’énergie d’autres hommes. Tous sont là pour satisfaire leur addiction jamais assouvie. C’est une immense pièce remplie de frustrations, mais aussi d’hilarité et de camaraderie ».

Peu à peu, sans qu’il n’y ait vraiment de raison, Larry s’imbibe du matin au soir. Il perd son boulot, son téléphone, sa dignité, son sex-appeal auprès des filles, et ignore son frère et sa mère qui tentent de le sortir de là. Il perd pied avec la réalité, ne s’intéresse plus à rien, jusqu’à ce qu’il commette l’irréparable. Ce roman court qui mélange les points de vue avec dextérité (167 pages) est une plongée rare dans l’usage nocif de l’alcool chez les hommes à Nairobi, explorant leur rapport au corps, à la réussite professionnelle, à la sexualité et au mariage.

Drunk, Jackson Biko, édition Pocket

Ma citation préférée :

« Tu es satisfait de ce que tu as fait de ta vie ? demandé-je à mon frère d’une voix pâteuse après le cinquième shot de Téquila (le déjeuner a pris un peu plus de temps que prévu okay ?) « il est encore temps de changer d’avis, c’est mieux de le faire maintenant que lorsque vous aurez cinq enfants, que tu seras gros, qu’elle sera grosse, que tu auras un emprunt immobilier à rembourser et la goutte ».

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